l’innovation créatrice de marché - comment les Touaregs du Niger sont-ils devenus des véritables acteurs d'innovation ?
"L'innovation n'est pas une question de technologie révolutionnaire - il s'agit d'éliminer les barrières." Efosa Ojomo [Co-auteur, Prosperity Paradox. ]
Le paradoxe de la prospérité : deux (2) points à retenir - un (1) point à évangéliser.
Hello les amis.ies,
Bienvenue à notre hebdomadaire, aujourd’hui je propose de vous parler de ma deuxième lecture de l’année.
Fin d’année 2022 - dans un freestyle livresque, où je faisais une propagande sur la plus sécrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, mon ainé et ami Salim m’a parlé du livre, qui allait devenir mon livre de chevet en ce début d’année 2023 : The Prosperity Paradox.
The Prosperity Paradox : How Innovation Can Lift Nations Out of Poverty est un livre coécrit par Clayton M Christensen, Efosa Ojomo, ainsi que Karen Dillon.
Permettez-moi d'avouer d'emblée, ce que j'ai lu dans le livre n'était pas exactement ce que je pensais au début, lorsque Salim me l’a décrit, je me suis d'abord dit "après tout, il y a beaucoup de livres comme celui-ci". La plupart des livres vous présentent quelque chose de nouveau ou s'appuient sur quelque chose que vous saviez auparavant.
The Prosperity Paradox, à mon avis, fait quelque chose de différent - il a brisé ce que je pensais savoir. Cela ressemblait à une sorte de nouvelle théologie qui perturbe vos doctrines antérieures.
En effet, Le livre se concentre sur l'innovation, et le type d'innovations qui peuvent sortir les nations de la pauvreté. En donnant un indice sur les choses à venir, le livre commence par dire que toutes les innovations ne sont pas créées égales , puis poursuit en énumérant les types d'innovations comme suit :
Sustaining innovation (l’innovation durable) , le type d'innovation que j'ai connu en grandissant. Je veux dire, qui ne connaît pas les produits nouvellement améliorés ? Des publicités affichant les produits renommés et reconditionnés qui font maintenant plus qu'avant ;
Efficience innovation (l'innovation d'efficacité) , celle que j'ai connue sur le lieu de travail. Des séances de remue-méninges pour trouver des idées pour faire plus avec moins ; et alors,
Market-creating innovation (l'innovation créatrice de marché) , celle sur laquelle le livre m'a ouvert les yeux et qui est capable de changer la fortune non seulement des entrepreneurs impliqués, mais aussi celle de la nation à partir de laquelle elle opère.
Les innovations créatrices de marché dans un contexte sahélien
Comme son nom l’indique, l’innovation créatrice de marché est un vecteur de création de nouveaux marchés - ce type d'innovation sert des personnes qui n'ont généralement pas accès à certains produits ou services en raison d'une myriade de facteurs. Ce phénomène est qualifié de « non-consommation ».
Les innovations créatrices de marché transforment des produits qui étaient historiquement si compliqués et coûteux à livrer que seuls les riches y avaient accès. Un exemple souvent cité d'innovation créatrice de marché est ce que Celtel a fait dans les télécommunications mobiles. Celtel a permis à des millions d'Africains d'accéder à une solution auparavant coûteuse. Créant ainsi des emplois et améliorant la communication à travers le continent.
Comme le dit Efosa Ojomo dans cette vidéo Ted, ce n'est pas que les autres formes d'innovations soient mauvaises, c'est juste qu'elles sont « limitées ».
De toute évidence, toutes les innovations ne sont pas égales et compte tenu des niveaux élevés de chômage et de non-consommation qui prévalent au Niger, nous sommes mieux servis en concentrant nos rares ressources sur la création d'innovations de marché.
“ La différence entre un jardin et un désert, ce n'est pas l'eau, c'est l'homme. ” Proverbe touareg.
Permettez-moi de mieux illustrer l’innovation créatrice de marché avec une entreprise conglomérale basée au Niger - devinez laquelle…
Il y a des décennies , lorsque les compagnies de transport terrestre ont commencé à émerger au Niger, le mot innovation n’était pas assez connu dans le jargon des entreprises.
En effet, durant des années pour se rendre à Dosso, à Agadez ou encore à Kano… les nigériens ont voyagé dans des hiaces Toyota, appelés aussi 19 places ou Faba Faba.
En 1999, une société dénommée « RIMBO » a été créée, son activité principale était l’import-export. Par la suite, RIMBO s’est reconvertie dans le transport de voyageurs, qui devient son activité principale à partir d’avril 2003 et prend la dénomination de RIMBO Transport Voyageurs (RTV-SARL).
A sa création, la société ne disposait seulement que de trois (3) autobus qui assuraient la desserte de l’itinéraire Niamey-Maradi-Niamey. Entre l’année 2004 et 2008, la société créée plusieurs agences dans les 7 régions du pays en augmentant de 45 le nombre de ses bus de 70 places chacun.
Profitant de l’intégration et du marché commun de l’espace UEMOA, RIMBO pousse loin ses ambitions au cours de la même année 2008 en créant des agences dans certains pays d’Afrique de l’ouest francophone (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal et Togo). Depuis 2008, la société de Rhissa Mohamed et de Baba Ahmed Issa a bénéficié régulièrement des avantages du code des investissements au Niger, et se lance comme défi d’acquérir dix-neuf (19) bus par an pour un montant de 3,5 milliards de francs CFA.
Considéré comme le Roi de la route, Rimbo a rendu viable un secteur qui était jusqu’à lors en léthargie et désorganisé, parce qu’informel - la société a crée des milliers d’emplois au Niger et en Afrique subsaharienne.
En effet, pour apporter des réponses efficaces aux problèmes qui minent le développement socio-économique du Niger, notamment la pauvreté endémique, le chômage, et la radicalisation des jeunes. d’emplois ; Rhissa Mohamed, et Baba Ahmed Issa se lancent des nouveaux challenges - dix ans après la montée fulgurante de RIMBO, ils créent une série d’entreprises dans plusieurs secteurs d’activités dont :
Oriba Jus : spécialisée dans l’agro-alimentaire, la société fabrique et commercialise des jus de fruits, est la première filiale du Holding Oriba . La production de son usine représente 70 à 80 % des boissons gazeuses consommées au Niger ;
Oriba Pétrolium : lancée en 2011, Oriba Petrolium est le 1er réseau de distribution de carburant au Niger, devant Total. Ainsi, en 2019 la société dispose de plus d’une cinquantaine de stations dans tout le Niger.
Oriba Rice, Oriba Gaz, Oriba Logistics… : Baba Ahmed et Rhissa Mohamed comptent diversifier leurs investissements dans tous les secteurs d’activités susceptibles de générer de la valeur pour eux, la population, et les autorités.
Nita & MyNita : Présente dans plus 800 localités servies et reparties dans 7 pays d’Afrique subsaharienne. Nita se positionne en leader dans le transfert d'argent cash-to-cash - sa dernière innovation est MyNita, qui est une appli-mobile disponible sur tous les smartphones Android et permettant à un client d’envoyer de l’argent sur tout le réseau Nita.
Je suis autant convaincu du potentiel dont regorge le Niger, qu’il y’a aussi des femmes et des hommes capables de travailler main dans la main afin que ce potentiel soit à la portée de tous.
La fratrie Rhissa & Baba en sont un modèle atypique à suivre, et à propulser aux yeux de la jeunesse, pour qu’ils puissent davantage formuler les problématiques dans leurs propres termes à eux (la jeunesse).
En somme, si je dois résumer ce que fait le livre en quelques mots, je dirais – c'est le fait qu'il nous appelle à porter un nouveau regard sur la prospérité – la prospérité à l'échelle nationale, et non la richesse individuelle. Il préconise donc un passage aux innovations créatrices de marché, car seules ces innovations peuvent faire passer un pays comme le Niger de la pauvreté à la prospérité, tout comme cela s'est produit en Amérique, au Japon et en Corée du Sud. Écoutez ce que dit le livre :
“ Le Mexique et de nombreux autres pays qui ne sont pas encore prospères ont la capacité de devenir des nations prospères. Mais pour que la prospérité arrive… nous devons réfléchir à la manière de créer de nouveaux marchés qui servent la vaste non-consommation. ”
Chers amis, je vous souhaite encore une excellente année 2023 : Santé, Amour, Succés.
See you !!!
Bibliographie :
Prosperity Paradox : https://www.christenseninstitute.org/books/the-prosperity-paradox-how-innovation-can-lift-nations-out-of-poverty/
Kola Aïna : https://medium.com/kola-aina/the-enabling-role-of-stakeholders-in-innovation-f57410b628a6
Seun Alade : https://seunalade.com/2020/05/18/my-take-on-the-prosperity-paradox/
La Tribune Afrique : https://afrique.latribune.fr/africa-tech/telecoms/2019-08-22/orange-niger-apres-l-echec-du-deal-avec-telecel-nouvelles-negociations-avec-l-homme-d-affaires-mohamed-rhissa-826212.html
Jeune Afrique : https://www.jeuneafrique.com/550486/economie/niger-issa-baba-ahmed-le-riche-homme-daffaires-aux-multiples-societes/
Le Monde : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/07/26/panama-papers-le-roi-de-l-autobus-au-niger-pratique-la-finance-aux-seychelles_4974817_3212.html




